Ecrire, enfin

Après dix-huit mois sans rien de convaincant, j’ai écrit le premier jet d’un nouveau roman. Cinquante mille mots, c’est la limite que je m’étais impartie. Je pensais l’atteindre en six mois. Je l’ai fait en trois.

Comment ? Simplement en ne réfléchissant jamais à l’arrivée mais en me concentrant sur chaque journée d’écriture, sans pression, sans autre souhait que d’écrire ce jour-là, sans souci de performance.

Si j’ai pu le faire, c’est parce que ce livre était important pour moi. Il prenait racine dans l’émotion de ce que je vivais à ce moment-là, il était pour moi un moyen de digérer une période de transformation profonde, et un moyen de partager mon expérience.

Ecrire, c’est partager. C’est chercher à trouver un lien entre soi et les autres humains, c’est lancer une corde et espérer qu’un partenaire d’ascension s’en ceindra la taille. C’est dire: je suis vivant, voilà ce que je ressens, voilà ce que je suis. Suis-je seul au monde à vivre ces choses-là ?

C’est une histoire de départ, une rupture vue du point de vue de celui qui quitte. Parce que pour lui aussi il y a de la douleur et des doutes et énormément de courage. Et parce que je n’ai trouvé aucun livre écrit depuis ce point de vue. On est toujours du côté de l’autre, de celui qui est quitté, comme s’il n’avait pas sa part de responsabilité, comme si échouer une relation se faisait seul.

J’ai voulu explorer ces questions.

Evidemment, je le sais maintenant seulement. Il est quasiment impossible de savoir de quoi parle un livre avant de l’avoir écrit.

Tout le travail reste à faire: trier, réorganiser, réécrire.

Avec ce livre, j’ai pris une décision importante, c’est celle de revenir à l’écriture.

Bien sûr, ce n’est pas le livre qui m’a poussé à cette décision, ce sont les événement qui ont dicté le livre.

Pourquoi je dis “revenir” à l’écriture ? Je n’ai jamais vraiment arrêté, mais je n’ai plus consacré de temps régulier à la construction de romans, de nouvelles. J’ai bloggé, j’ai commencé des textes, mais je n’ai écrit que de manière épisodique ces dernières années. Il me fallait du temps, du temps pour me retrouver, pour comprendre qui je devenais afin d’écrire depuis cette personne-là. Sinon, je n’aurais fait que réaliser les souhaits du jeune auteur que j’étais il y a dix ans et cela n’aurait pas fonctionné.

Aujourd’hui, après avoir envisagé pendant trois ans d’arrêter d’écrire, j’ai enfin retrouvé le feu qui m’animait. Et je suis de retour, enfin!

1 Comment

  1. Paul-Emile Gutti
    Mar 15, 2015

    J’espère en tout cas que tu continueras d’écrire ces billets sur ton blog. Je passe de temps en temps dessus et je suis émerveillé par ce que j’y trouve. Leur lecture me parle, tes émotions, hasard de la vie, sont aussi celles que je ressens en cette période de bouleversement. Tes vidéos ont été des phares dans mes envies d’écriture. Maintenant je comprends que tu veuilles penser à toi d’abord alors je voulais te dire merci. Merci de ta générosité. Bon courage.
    « C’est laid, un homme qui a peur. »
    Jean Anouilh, Antigone.

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