La vie, le travail et l’écriture

La vie, le travail et l’écriture

La vie a parfois cette manière de vous submerger qui bloque tout le reste.

Je l’ai vu plusieurs fois et en ai moi-même fait l’expérience (je suis dedans au moment où j’écris ce billet). La vie qui chamboule tout c’est un appel à la pleine conscience, au fait d’être présent dans l’instant et nulle part ailleurs, de rester dans ce qui nous arrive et de cesser toute projection, dans le passé ou le présent.
Un deuil, une rencontre, une séparation, peuvent provoquer cette sensation d’être submergé. “C’est compliqué” sont les seuls mots que votre esprit semble capable d’articuler.

Lorsque tout est bouleversé: les fondations de votre monde, votre système de valeurs, vos certitudes. Lorsque tout s’effondre, ce n’est plus le moment d’écrire.

Ou est-ce le meilleur moment ?

L’écriture, pour moi, existe en deux temps. Il y a la graphomanie, ce moment où tout sort à flots, comme une cascade qu’il est impossible de contrôler, c’est un jaillissement ininterrompu de mots qui n’ont de sens que parce qu’ils subliment un réel trop puissant pour être vécu.

Il y a ensuite le temps de la construction, celui de l’écriture consciente d’elle-même, de l’écriture qui doit créer un sens perceptible hors de l’auteur, un sens qui soit une vraie sublimation, un travail au-delà de la simple création, un travail de sculpteur.

Le meilleur moment pour la phase graphomane c’est quand les émotions vécues sont trop pleines, presque étouffantes parce que c’est là que l’inconscient lance le plus de signaux. Les rêves sont plus fréquents et plus vifs et le besoin d’expression métaphorique est le plus riche.

C’est aussi le moment où il vaut mieux laisser la construction de côté parce que comment construire (une histoire, son métier, soi-même…) quand on est soi-même en total déséquilibre ?

La phase de déséquilibre demande d’être à l’écoute de ce qui nous traverse. La vie nous est rentré dedans de plein fouet et il nous

La Maison-Dieu, symbole de la table rase.

Lorsque tout s’effondre, les graines de l’avenir attendent de germer

faut un temps de réadaptation avant de pouvoir nous lancer à nouveau dans l’action. Les obligations professionnelles passent au second plan, et c’est une bonne chose, parce que nous sommes vivants avant d’être des travailleurs, parce que nous sommes des individus avant d’être des pros, des parents, des enfants, des amis…

Il y a peut-être dix grands événements dans une vie, du genre qui font table rase de qui l’on était et qui nous plongent dans la reconquête de nous-même (avec la chance de pouvoir nous redéfinir).  Dans ces moments, il est important (nécessaire même) de se replier sur soi. Non pas de s’isoler du monde mais de prendre la peine de faire attention à soi, au détriment du reste du monde, oui, mais pour mieux revenir plus fort, mieux construit, plus solide, plus soi qu’auparavant.

Le risque, à ne pas s’autoriser cette distance, c’est de s’oublier, de se perdre, de s’enfermer dans une indéfinition de non-même.

Or c’est de notre singularité que le monde (nos amis, nos lecteurs, nos parents, nos enfants, nos clients, nos associés…) a besoin, pas d’une ombre ou de miettes de nous.

L’écriture n’est pas une thérapie mais elle est une aide à la sublimation. La création de manière générale permet au langage symbolique de l’inconscient de sortir de soi et de s’exprimer dans le monde, mais l’écriture a ceci de particulier qu’elle permet d’ajouter la logique du langage au symbole de la métaphore et – d’après moi – d’accélérer la redéfinition de soi dans ces moments de transformation intenses.

Ecrire est un outil, pas une fin en soi.

Ce peut être un outil de compréhension de soi ou un outil pour émouvoir autrui, pour transmettre une idée, pour partager une parole, pour véhiculer un point de vue.

C’est un outil puissant qui demande à la fois (et c’est paradoxal) maîtrise et lâcher-prise, construction et maturation lente, logique et chaos.

Mais ce n’est qu’un outil.

Lorsque la vie exige notre attention, il faut rendre sa juste place à chaque chose.

1 Comment

  1. estère stair
    Jul 20, 2015

    Grosse déprime … N’oubliez pas non plus que l’écriture permet aussi de magnifier la vie, et surtout de la dédramatisée (et même paradoxalement de la dédramatiser en la dramatisant, et donc en mettant de la distance au final).

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