L’art d’enseigner

Vous connaissez l’adage: “ceux qui ne savent pas faire enseignent »
Qu’y a-t-il de plus faux et de plus condescendant ?
J’aimerais le remplacer par son opposé: « ceux qui ne savent pas enseigner font »
Je tiens la transmission de nos savoirs, de nos valeurs et de nos savoir-faire comme la plus haute et plus importante activité humaine. En tant qu’espèce nous nous nourrissons de cette transmission. Nos descendants se construisent à partir de nos exemples et de nos enseignements. Ils développent le potentiel de notre espèce et lui permettent d’avancer.
Enseigner ne s’invente pas. Il ne suffit pas de se présenter devant un groupe et de raconter des anecdotes. Il faut synthétiser, systématiser, un ensemble d’attitudes, un état d’esprit, un processus. La plupart des faiseurs n’ont pas conscience de ce qui est en jeu dans leur pratique. Se positionner comme enseignant demande de prendre du recul sur le faire, cela exige l’humilité d’observer les autres et de constater ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
Enseigner c’est expérimenter, tester, remettre en question en permanence. Et rendre le résultat intelligible pour un tiers, mille tiers, un million de tiers.
J’ai enseigné dès le début de ma pratique. Depuis toujours j’ai avancé de pair dans le faire et dans le dire. Sans doute un héritage de mon passé universitaire. L’amour de la pensée, des systèmes, du questionnement.

Enseigner m’a plus appris sur ma pratique que les livres que j’ai lus. Parce que j’ai dû observer la manière dont j’adaptais ce que j’avais lu, j’ai dû ajuster mes processus pour les rendre efficaces, je me suis contraint à avancer en conscience plutôt qu’au pur instinct.
Enseigner m’a aussi permis de sortir de moi et m’a appris l’humilité de faire pour l’Autre.
Le praticien, à ce que j’ai pu constater en nous observant, mes confrères auteurs et moi, est tourné vers lui-même. Il pense à sa gloire, à comment chacun de ses choix va le rapprocher de ses objectifs, satisfaire son besoin de reconnaissance. L’enseignant est tourné vers ses élèves. A chaque action qu’il pose il se demande comment elle va affecter son destinataire, comment elle va aider celui-ci à réaliser ses buts. L’enseignant s’oublie et comprend la justesse de cette citation de Zig Ziglar: « vous obtiendrez tout ce que vous voulez dans la vie si vous aidez assez d’autres personnes à obtenir ce qu’elles veulent ».

Contribuer à ma communauté d’auteurs a été pour moi la plus grande révélation de ma vie. Le jour où j’ai senti que mon audace de me positionner comme un enseignant était utile à des inconnus, que je pouvais avoir un impact positif sur la vie d’autrui et peut-être contribuer à faire naître un peu plus de bonheur dans le monde, ma perspective sur la vie s’est transformée.
Je suis devenu accroc à la réussite des autres et la mienne m’est soudain apparue minuscule, d’une importance négligeable dans la construction de mon bonheur.

La prochaine fois que quelqu’un me dira avec son air condescendant « ceux qui ne pas faire enseignent », je l’inviterai à créer son propre cours, pas une simple resucée des cours qu’il a reçus mais sa vérité, celle qu’il aura reçue de sa propre confrontation avec la pratique. Sera-t-il capable de systématiser et synthétiser ses processus pour les transmettre de manière à réellement aider leurs destinataires ? Quand je vois comment la plupart des manuels que je lis et la plupart des cours que je suis échouent à me transmettre un savoir-faire applicable, j’en doute.

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