Troisième mue

Quand tout a commencé j’ai voulu être romancier. J’ai écrit des dizaines de nouvelles par an, et quelque chose comme cinq ou six romans.

Puis j’ai décidé que je serais scénariste. J’ai travaillé pour vingt séries de dessins animés, quelques projets de jeux. J’ai gagné de l’argent.

Puis j’ai décidé que je ne voulais plus être scénariste. Je voulais redevenir romancier. Mais en essayant de me remettre à l’écriture, j’ai découvert que l’envie n’y était plus. J’ai insisté. J’ai écrit de force. J’ai écrit deux romans, amorcé un troisième, avant de me rendre compte que je n’étais pas prêt. Mon écriture avait changé. Encore.

Mais pour devenir quoi ?

Entretemps, en tant que lecteur, j’avais découvert la non-fiction, cet obscur champ de l’écriture qui n’est ni de l’ordre de l’essai ni tout à fait un guide pratique. C’est un ouvrage à mi-chemin entre le texte journalistique, la monographie de recherche, et le texte d’opinion, le récit d’expérience.

Il m’a fallu quelques temps pour, non pas comprendre, mais accepter que j’étais passé de l’autre côté de la frontière, que j’avais davantage envie d’écrire de la non-fiction que de la fiction, que j’avais davantage envie de changer le monde avec mes idées qu’avec mes rêves.

Une autre identité. Pas la dernière.

Je fais la paix, accompagné, avec cette idée.

Je veux grandir sans cesse. M’élever vers d’autres versions de moi-même (en jeu de rôle, on dit “level up”), vers d’autres possibles. Cela implique de laisser derrière les anciennes peaux, les essences passées.

Cela ne signifie pas que j’arrête la fiction. J’écris, plus lentement, avec moins d’enjeu, des nouvelles expérimentales qui sont comme une récréation.

J’ai fait un rêve récemment, un rêve de maturation. Je réagençais un espace, l’espace de mon âme ou de mon esprit, ou de ma créativité. Je cherchais la meilleure disposition pour les meubles, les plantes, la lumière.

C’était un rêve de patience et de sérénité. Parce qu’il faut du temps pour arriver là et il faut accepter de tâtonner, de passer par des étapes successives qui, chacune, nous pousse vers notre propre réalisation. Ce n’est pas spectaculaire, le succès ne se manifeste pas du jour au lendemain, il est le fruit d’une pratique, d’un travail constant et répété,

Quelle meilleure aventure que celle-là ?

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